On vous connaît surtout pour votre veine comique, sur les planches et à la radio. Pourquoi avoir été tentés par une pièce de théâtre plus dramatique ?
Dau et Catella : Il était temps ! Bon, sérieusement, nous sommes attirés par l'humour, mais ça ne nous empêche pas de faire autre chose.Nous avons toujours joué, en marge de nos spectacles, dans des pièces plus classiques, du Feydeau, du Brecht... Et puis, le texte d'Alain Guyard fait la part belle à l'absurde. Le procès de Sacco et Vanzetti a été tellement truqué que ça en devient parfois risible. Or l'absurdité est un élément important de notre écriture scénique. Nous ne sommes finalement pas si dépaysés.
Qui joue Nicola Sacco ? Qui joue Bartolomeo Vanzetti ? Comment vous êtes-vous réparti les rôles ?
Dau et Catella : Cela s'est imposé de manière évidente. Jacques Dau, qui a un côté plus autoritaire, endosse le rôle de Vanzetti, celui des deux compagnons qui avait une personnalité plus forte, plus engagée. Il s'est battu jusqu'au bout. Jean-Marc Catella joue plus sur le registre de la fragilité. Ce qui correspondait mieux au personnage de Sacco.
Que représente pour vous l'histoire de Sacco et Vanzetti ?
Jean-Marc Catella : Cette pièce raconte des choses que mes grands-parents ont vécues comme immigrés italiens. La difficulté à s'intégrer, à travailler, le fait d'être considérés comme des gens sales et malhonnêtes... Les difficultés que rencontraient les immigrés italiens dans la France ou l'Amérique des années 20 sont les mêmes que celles que vivent aujourd'hui les citoyens français issus de l'immigration.
Jacques Dau : Au-delà de cette résonance « familiale », ce texte répond à notre besoin engagement. Il entre en résonance avec la politique sécuritaire actuelle, la façon dont on traite les immigrés clandestins dans notre pays aujourd'hui.Même si nous cherchons toujours à dire des choses importantes dans nos spectacles, là, il y a une prise de position évidente.
Vous avez monté la pièce à l'Espace Michel-Simon et animez des ateliers avec des jeunes collégiens et lycéens de la Ville cet automne. Que cherchez-vous à transmettre lors d'ateliers de ce genre ?
Dau et Catella : Les ateliers-théâtre auxquels nous participons sont l'occasion de partager un moment avec ces jeunes, de les écouter parler de leur difficulté à vivre. Ce que nous avons le souci de transmettre, c'est avant tout l'envie d'ouvrir sa gueule. Ça ne veut pas dire tout casser,mais simplement ne pas se laisser faire. Ce que dit la pièce, c'est que, par la lecture, par la culture, on s'ouvre au monde, on peut avancer dans sa vie.
REPÈRES
L'histoire. En 1921, aux États-Unis, Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti sont accusés de meurtre et condamnés à mort, dans un contexte marqué par la xénophobie : dans l'Amérique des années 20 inquiète des grèvesmassives et de lamontée du syndicalisme ouvrier, les deux hommes, immigrés italiens et anarchistes, font des coupables idéaux. Aux États-Unis et dans le monde entier, des comités de soutien se forment. En 1925, un homme, déjà condamné àmort dans une autre affaire, avoue être l'auteur des faits reprochés à Sacco etVanzetti,mais le juge refuse de rouvrir le dossier.Les deux hommes sont finalement exécutés en 1927.
La chanson. « Here's to you, Nicola and Bart...» Peu de gens aujourd'hui ont été contemporains de l'« affaire » Sacco et Vanzetti. Mais la chanson de Joan Baez, écrite sur une musique d'Ennio Morricone, résonne aux oreilles de toutes les générations. Ses paroles reprennent les mots de
Bartolomeo Vanzetti au juge qui l'a condamné, peu avant son exécution: « Ce dernier moment est le nôtre, cette agonie est notre triomphe. »
La pièce. À quelques heures de l'exécution, Nicola Sacco, seul dans sa cellule, voit apparaître son compagnon d'infortune, Bartolomeo Vanzetti. Délire, hallucination, rêve éveillé... qu'importe. Ils se remémorent leur procès, les manipulations, les chantages des policiers et des politiciens. Tandis que Sacco, terrorisé, pleure sa femme et ses enfants, Vanzetti, le militant, comprend que la plus grande épreuve qui l'attend n'est pas de faire triompher sa cause par son sacrifice, mais d'aider Sacco à mourir en homme libre.
Un compagnonnage avec Noisy. Jacques Dau et Jean-Marc Catella ont joué tous leurs spectacles à l'Espace Michel-Simon. Une complicité s'est établie entre les artistes et le théâtre, qui a accueilli l'équipe au printemps dernier pour monter Sacco et Vanzetti, avant sa création en juillet au festival Off d'Avignon. Des participants à l'édition 2008 de Jeunes en scène ont assisté à des répétitions et suivi le processus de création.Cet automne, les comédiens et le metteur en scène animeront des ateliers-théâtre avec plusieurs classes de collège et de lycée de Noisy-le-Grand.
DAU ET CATELLA EN QUELQUES DATES
1986. Année de leur rencontre.
1989. Premier spectacle en duo, One man show pour deux.
1995. L'Étroite Moustiquaire, prix du meilleur spectacle comique au Festival d'Avignon.
1997-1999. Création de deux nouveaux spectacles à Avignon, Le Vol des bougons, et Mais qui est don(c) Quichotte ?
2000. Un simple froncement de sourcil, avec Ged Marlon et Vincent Roca.
2000-2005. Chroniqueurs pour l'émission Le Fou du roi sur France Inter.
2006. Ils fêtent leur 15e Festival d'Avignon et enchaînent plus de trois mois de représentation au Café de la gare, à Paris.
2007. Création du spectacle Dau et Catella, et non pas le contraire.
2008-2009. Création de Sacco et Vanzetti.